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Nuit d’enfer à Hamuta

« Ce soir là, on a pas dormi » témoigne Carolina, « On surveillait la montée des eaux pour voir si la rivière ne débordait pas. C’est arrivé soudainement. On ne l’a pas vu venir » . Le niveau de l’eau atteignait environ un mètre tandis qu’ils essayaient de déplacer les meubles et l’électroménager. « Quand j’ai vu le niveau de l’eau, la première chose qui m’a traversé l’esprit était qu’il fallait qu’on récupère nos vieux (sic) et les jeunes enfants pour les mettre en sécurité. »

Aidée par les jeunes du quartier, qui ont été « efficaces, rapides et courageux ». Bravant le danger sans penser à leur sécurité, sautant dans les eaux tumultueuses qui atteignaient déjà plus d’1.50m, ils ont porté les anciens sur leur dos afin de les installer sur des kayaks pour les mettre en sécurité en hauteur. Les personnes âgées, ont été évacuées et recueillies dans leur famille afin de laisser libre champs aux adultes et jeunes du quartier pour endiguer tant bien que mal les flots et limiter les dégâts.

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Mais Carolina avait un autre problème et de taille. Son oncle et sa tante. Tous deux malades, particulièrement le tonton qui est dialysé. « Ils habitent la maison voisine. Quand j’ai voulu les prévenir, je ne pouvais pas ouvrir leur portail » Et pour cause, l’eau charriait dans la servitude des troncs d’arbres dont certains s’accumulaient devant le portail du fare empêchant l’ouverture de celui-ci.

« Je criais, criais, mais ils ne m’entendaient pas ». Soudain, la portière de la voiture garée dans la cour du fare s’ouvre, et laisse apparaitre l’oncle et la tante qui s’étaient réfugiés au plus fort des inondations dans leur voiture.

Etant dans l’impossibilité d’ouvrir le portail, Carolina a hélé des jeunes qui se sont empressés de venir secourir le couple âgé. « Ils ont été courageux, ils n’ont pas hésité à soulever le portail et les récupérer dans la voiture, puis ils les ont porté à dos d’homme pour les mener en sécurité. »

Quant à savoir pourquoi le couple s’était réfugié dans la voiture plutôt que de rester dans leur maison, Carolina explique. « ils voyaient l’eau monter dans la maison, ils reculaient de pièce en pièce et à la fin ne sachant où aller, ils se sont réfugiés dans la voiture. »

Malheureusement pour Carolina, suite à cette pénible nuit, son oncle s’en est allé. « Je pense qu’il a dû faire une crise cardiaque. Il a vu sa clôture détruite, ses affaires partir avec les eaux. bref toute sa vie est partie. »

Elle a vu son oncle partir sous ses yeux au lever du jour. « Il a vomi du sang, on a appelé les pompiers, le Smur, mais c’était difficile pour eux de venir puisque la rivière était encore sur la route, les troncs d’arbres obstruaient le chemin ». Un pompier vivant dans le voisinage a tenté de porter les premiers secours à la victime, mais malheureusement, trop tard. L’homme d’une santé fragile n’a pas résisté à cette nuit d’enfer et à son passé emporté par les flots.

Pour sa part, Carolina, après cette nuit d’angoisse et les journées de désarroi qui ont suivi, garde un bon moral, puisque « pour avancer il faut que le moral soit là. » Malgré tout, les nuits blanches se succèdent les unes aux autres, de temps à autre un bruit plus prononcé que les autres la fait bondir hors de son fare. Elle scrute la servitude, tous sens en alerte puis rentre, rassérénée. L’eau n’est plus là.

« Les enfants aussi sont traumatisés, ils n’arrêtent pas de parler de cette nuit, mais on leur explique avec leurs mots que ce n’est pas grave, que l’on a tout perdu, mais c’est pas grave. On va tout recommencer à zéro. »

 

Rédaction Web avec Sophie Guébel et Brandy Tevero
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