“Manava !” Le cri poussé par les danseurs du collège Louise Carlson de Tipaerui est encore un peu timide. “Plus fort, on veut vous entendre !” s’exclame un professeur. Pas évident d’affronter pour la première fois To’ata, la plus grande scène de Tahiti. Il faut donc gagner en confiance. C’est l’un des enjeux de ce projet pédagogique, préparé depuis la rentrée d’août… et même plus, pour les chanteurs.
“Ca fait presque deux ans qu’on travaille sur les chants, la composition, donc ça fait complètement partie de notre vie au collège et quand ça va se terminer, ça va faire un vide” assure un élève de troisième, Natihei Ly Sing Sao. Ce jeune chanteur est l’un des rares à avoir déjà foulé To’ata, et même d’autres scènes, puisqu’il a été finaliste de The Voice Kids. “Ca motive beaucoup de camarades parce qu’ils aiment ça : le chant, la danse, les percussions. On arrive à trouver à combiner l’école et le Heiva et à trouver un bon équilibre : c’est super” se réjouit-il.
Car si beaucoup de ces collégiens sont d’excellents élèves, ce n’est pas le cas de tous les participants. “On sait que certains élèves restent au collège grâce à cette possibilité de performer dans les arts (…) grâce à ces activités-là qui les retiennent” confirme Vaihere Pohue, professeure de français et référente du Heiva Taure’a au collège Carlson
– PUBLICITE –
“Le travail culturel, artistique, ça tire vers le haut, ça permet à chacun de développer une compétence, une place au sein du groupe” abonde le principal du collège, Benoît Montaubric. “La perspective de monter sur une scène est aussi très importante parce qu’il y a un aspect de valorisation ça réimplique les élèves, donc ça a toujours un effet positif sur les apprentissages, sur la relation à l’école et donc sur la relation à l’enseignant” ajoute-t-il.
Le collège Carlson est naturellement tourné vers les disciplines artistiques, par sa proximité avec le Conservatoire et ses filières CHAM et CHAD. Mais les élèves ont dû sortir de leur zone de confort en créant des chants, des chorégraphies et des costumes. Car les enseignants, les surveillants et la documentaliste, bien que très impliqués, sont surtout là pour encadrer : le processus de création vient des élèves.
Haute coiffe parée de nacre sur la tête, la jeune danseuse Niuhiti Chongaud a vaincu sa timidité. Elle voit arriver sans crainte le collège d’Afareaitu, qui répète après le collège Carlson. “On est prêts pour le jour J” assure-t-elle, le regard au loin. Pour elle, on est déjà jeudi. Le premier jour du Heiva Taure’a.