Quels sont les premiers effets ?
L’effet le plus impressionnant des annonces du président américain est le plongeon boursier. Rien que sur l’indice S&P 500 réunissant les 500 plus grosses entreprises américaines, près de 2.500 milliards de dollars se sont évaporés sur la journée de jeudi. Et la chute se poursuivait vendredi sur les Bourses mondiales.
Certaines constructeurs automobiles, touchés directement par les surtaxes douanières de Trump, ont commencé à tirer les conséquences.
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Stellantis, qui possède Chrysler, Jeep et Dodge, va suspendre la production dans certaines usines au Canada et Mexique. Nissan a révisé ses plans de production et va cesser la commercialisation aux Etats-Unis de deux modèles produits au Mexique. Et Volkswagen prévoit d’ajouter des frais d’importations au prix des véhicules importés aux Etats-Unis depuis le Mexique ou l’Europe, selon la presse américaine.
Au-delà de l’automobile, de très nombreux investissements risquent d’être mis sur pause sous l’effet de l’incertitude ambiante. Voire relever d’une politique de riposte, à l’instar de la proposition du président français de geler les investissements des entreprises françaises aux Etats-Unis.
Va-t-on vers une récession?
« Personne ne sort gagnant d’une guerre commerciale« , rappellent les analystes de la banque britannique Barclays, mais « l’économie américaine est partie pour souffrir autant, voire plus, que l’Europe« .
Elle est menacée d’un coup d’arrêt face à l’inflation attendue pour compenser les surtaxes douanières et la baisse de la consommation des Américains, dont le pouvoir d’achat a déjà beaucoup baissé après la pandémie.
La récession américaine est de moins en moins taboue, de l’avis d’un nombre croissant d’économistes et acteurs des marchés boursiers.
La récession est déjà anticipée pour le voisin mexicain selon les prévisions de l’OCDE pour 2025 et 2026 publiées en mars. L’institution a aussi revu en nette baisse la perspective canadienne.
La directrice du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, s’est alarmée jeudi du « risque important » représenté par une guerre commerciale pour l’économie mondiale.
Et de prévenir que les taxes douanières américaines « constituent manifestement un risque important pour les perspectives mondiales » – le FMI table jusqu’ici sur 3,3% de croissance mondiale en 2025 et en 2026.
« C’est un choc majeur sur l’économie mondiale« , relève Antoine Bouet, directeur au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) à Paris, qui anticipe une perte de PIB mondial de 0,8% à l’horizon de 2040.
Le commerce mondial va-t-il se rétracter?
Les premiers signaux sont inquiétants d’autant qu’une région, l’Asie, concentre les inquiétudes. C’est l’atelier du monde, fabricant de textile, d’appareils électroniques, de véhicules qui a été frappé de lourds droits de douane, qu’il s’agisse de la Chine, du Vietnam, du Cambodge ou du Bangladesh.
Le « jour de la libération » claironné par mercredi par Donald Trump a ramené les droits de douane américains à un niveau pas vu depuis 1909, affirment les économistes de l’agence Fitch, de quoi imposer un coup d’arrêt brutal aux perspectives commerciales.
Signe des fortes craintes de ralentissement, le prix du transport de conteneurs entre la Chine et les Etats-Unis a fortement baissé depuis jeudi.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) chiffre à environ 1% la réduction des échanges mondiaux engendrée par la politique américaine.
Les choses peuvent encore s’aggraver en cas d’escalade, et l’annonce vendredi par la Chine de l’augmentation de 34% des droits de douane sur les produits américains à partir du 10 avril laisse présager un bras de fer international.
Est-ce (vraiment) la fin du libre-échange?
Les Etats-Unis ont fait passer le droit de douane moyen sur tous les pays commerçant avec les Etats-Unis de 4,99% à 27,17%, a calculé vendredi le CEPII.
Après la pandémie de Covid-19 et l’éclatement de la guerre en Ukraine, cette offensive protectionniste est un nouveau coup dur pour les partisans de la mondialisation et du libre-échange.
« Sont atteintes par les folies de Trump 13% des importations mondiales. Pas de raison pour que les 87% autres soient contaminées« , tempère auprès de l’AFP l’ancien président de l’OMC Pascal Lamy.
Pour lui, « si les Etats-Unis se ferment, d’autres ouvertures interviendront« .
Plusieurs projets d’accords commerciaux sont revenus en force récemment. Le Japon, la Corée du Sud et la Chine ont ainsi annoncé dimanche vouloir « accélérer » leurs négociations en vue d’un accord de libre-échange.
Le président brésilien Lula a appelé fin mars à un partenariat économique entre les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et le Japon.