La décision de Donald Trump d’imposer aux territoires ultra-marins des droits de douane différents de ceux de la France hexagonale sur les produits importés aux États-Unis témoigne d’un « cumul d’incohérences, d’absurdité et d’incompétence » , a réagi jeudi le ministre des Outre-mer, Manuel Valls.
« L’intention initiale de taxer différemment les territoires ultramarins est profondément politique. Elle témoigne surtout du cumul d’incohérences, d’absurdité et d’incompétence » , a-t-il déclaré à l’AFP.
« La baisse des droits de douane est un héritage de la paix. Cette décision rappelle les erreurs des États-Unis dans les années 20 et 30 » , a encore ajouté le ministre, en référence aux nouveaux droits de douane annoncés mercredi par le président américain.
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Les nouvelles surtaxes douanières américaines soumettent la plupart des départements et territoires ultramarins français à des niveaux de taxation individuels, bien différents des 20% qui vont s’appliquer à la France hexagonale et à l’Union Européenne.
Parties intégrantes du territoire douanier de l’UE mais considérées fiscalement comme des territoires tiers, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et Mayotte verront leurs produits imposés à hauteur de 10% par les autorités américaines, comme la Polynésie française.
En revanche, la Réunion, qui bénéficie pourtant du même statut légal, verra ses produits taxés à hauteur de 37%.
Le gouvernement américain prévoit aussi d’imposer des droits de douane de 50% sur les produits importés depuis l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon mais de 10% sur ceux arrivant de la Polynésie française, deux territoires qui ne font pas partie de l’Union européenne aux yeux des douanes.
Cette annonce a provoqué la perplexité dans les territoires ultramarins, qui commercent pour la plupart très peu avec les États-Unis, et des réactions de colère de plusieurs élus.
La présidente de la région Réunion, Huguette Bello, a ainsi estimé que Donald Trump était « un ignorant » et le député de Saint-Pierre-et-Miquelon, Stéphane Lenormand, a dit ne pas savoir « d’où sortent ces chiffres » et pointé « l’incompétence de l’administration américaine » .
Une filière exportatrice exposée : la pêche polynésienne
En Polynésie française, les droits de douane suscitent une vive inquiétude. Ivan Odonnat, directeur général de l’Iedom-Ieom, la banque centrale des territoires ultramarins français, évoque une filière pêche « très structurée » , qui exporte beaucoup vers les États-Unis, notamment du thon frais.
Selon le sénateur de la Polynésie Teva Rohfritsch, près de 1.600 tonnes sont exportées chaque année, soit 92% des exportations polynésiennes en valeur (2,1 milliards de francs Pacifique, soit environ 17,5 millions d’euros). Les perles noires, le monoï et la vanille de Tahiti sont également des produits recherchés.
« Nos importateurs sont sur le qui-vive depuis l’élection de Donald Trump » , affirme à l’AFP M. Rohfritsch. Si les taux appliqués à la Polynésie restent faibles (10%), les États-Unis représentent le deuxième débouché commercial du territoire, derrière la France hexagonale.
Autre secteur sous surveillance : le tourisme. Les Américains constituent la première clientèle étrangère du territoire. Or une dépréciation du dollar, le but recherché par l’administration Trump selon M. Odonnat, pourrait rendre les séjours en Polynésie plus coûteux pour ces visiteurs.