L’accident tragique avait fait grand bruit au fenua le 15 septembre 2016. Un marin venait de perdre la vie sur les quais de Motu Uta, à Papeete.
Lors d’une manœuvre consistant à déplacer des plaques de cale pesant entre 6 et 8 tonnes, plusieurs d’entre elles avaient basculé sur la victime. L’homme avait été projeté en mer, pris au piège entre les lourdes structures. Un autre marin avait été légèrement blessé.
Les images prises par les cameras du port, qui ont été diffusées à l’audience face aux frères et sœurs du défunt, émus, ont témoigné de la brutalité du drame.
Ce jour-là, le Vanuatu Cargo, un navire appartenant à l’entreprise Vanuatu Ferry, propriété du Groupe Degage, s’apprêtait à être inauguré après avoir été totalement rénové. Le bateau était en effet à l’état de quasi-épave quand il a été racheté.
A l’approche de la fin du chantier, le capitaine du navire a demandé à un cariste, travaillant pour une autre société, de se charger de déplacer les lourdes plaques. Mais guidé par un marin indonésien, celui-ci a trop poussé la pile de tonnes de métal, qui a basculé sur la victime.
Les investigations ont conclu que le cariste, venu à l’improviste d’une autre entreprise, n’était pas titulaire du permis de conduire et des qualifications nécessaires pour manœuvrer le chariot élévateur dont il a pris le volant. Il y a eu également “une incompréhension” entre lui et le marin indonésien qui le guidait.
Le capitaine, chargé de la sécurité et de la supervision des opérations, n’était, quant à lui, pas présent au moment de l’accident. “Toutes les tâches ont été effectuées en dépit du bon sens”, est-il écrit dans l’expertise.
“Il y a eu une accumulation invraisemblable de manquements”, a soufflé de son côté l’avocat de la famille du défunt, avant de cibler la société Degage qui “pense aux bénéfices”, mais qui “n’a pas de considération pour la sécurité et les salariés”.
“C’est juste hallucinant de ne pas avoir délimité une zone où il aurait été interdit de circuler”, a renchéri la procureure. La magistrate a précisé que la victime était positive à l’ice lors de son autopsie.
Elle a émis l’hypothèse que cette prise de drogue pourrait être la résultante des horaires de travail sur le chantier “qui étaient tels qu’il n’était humainement pas possible de tenir ce rythme”.
A l’issue de ses réquisitions, la magistrate a estimé que la culpabilité de l’ensemble des mis en cause était établie. Elle a ensuite requis 4 années de prison avec sursis contre le capitaine et le cariste. 8 mois avec sursis et 1 million d’amende contre celui qui est considéré par le parquet comme le “gérant de fait” de la société, Eugène Degage, et un million d’amende contre sa fille, la “gérante de droit”. Une amende de 5 millions contre la société Vanuatu Ferry a également été demandée.
En défense, l’avocat de l’entreprise a dénoncé de “nombreuses contre-vérités”, et a considéré que sa cliente n’a pas pris les choses avec “légèreté”. Celui d’Eugène Degage a contesté la notion de “gérant de fait”.
“Il n’est absolument pas le gérant. Cette société exerce au Vanuatu depuis 2013. Le juge d’instruction a été incapable de prouver des actes de gestion de manière constante et régulière depuis cette date”, a expliqué l’avocat en marge de l’audience.
Il a également soulevé une nullité de la procédure. Le tribunal rendra son jugement dans 15 jours.