TNTV : La séance a été reportée à deux reprises. Ce matin, vous avez pris le temps de commenter la tournure des choses.
Tepuaraurii Teriitahi, représentante du groupe Tapura Huiraatira à l’APF : « Nous avons été convoqués pour 9 heures, sauf qu’à 9 heures, nous nous sommes présentés, et on a attendu plus de deux heures que la majorité veuille bien entrer au sein de l’hémicycle, sans explication. Donc on a attendu de voir cette majorité revenir dans l’hémicycle pour constater qu’effectivement, ils avaient de grosses dissensions entre eux, et aussi pour justement voir qu’ils n’avaient pas le quorum seul, et que justement, pour obtenir ce quorum, il leur fallait l’appui de la minorité. Donc nous, nous nous sommes retirés, nous avons laissé la majorité régler leurs affaires entre eux, n’ayant pas le quorum de droit. Il a fallu reporter la séance à ce matin, à 8 heures » .
TNTV : Pour vous, c’est aussi un manque de respect vis-à-vis de la population ?
T.T : « Alors surtout, oui, la population en premier, parce que bon, nous, les élus, nous sommes là, nous sommes convoqués (…) par contre, vis-à-vis de la population, mépris profond, puisqu’on avait deux textes très très importants à étudier, justement, à l’ordre du jour. Le premier, c’était le collectif budgétaire, avec des moyens financiers qui étaient donc à voter pour les mesures d’aide à l’emploi, pour la construction de maisons OPH, également l’OPT. Et à côté de ça, on avait aussi et surtout la revalorisation de la grille indiciaire des catégories D, un sujet effectivement qui a été au centre des dissensions et qui a fait débat aujourd’hui durant toute la journée » .
TNTV : Et finalement, on l’a vu avec le vote du jour, les élus de la majorité sont rentrés dans les rangs. L’amendement déposé par Nicole Sanquer a été rejeté. Il prévoyait, je le rappelle, une hausse des revalorisations des salaires des catégories D déjà proposées par le Pays, une hausse qui pèserait trop lourd sur les comptes du pays, selon le chef de l’exécutif. Vous l’entendez ?
T.T : « Alors, déjà, je tiens à préciser que le Tapura Huiraatira était dans le même esprit que l’amendement qui a été déposé par Nicole Sanquer, parce qu’effectivement, nous étions tout à fait d’accord sur ce positionnement, puisque ce qui était proposé par le gouvernement, c’était une revalorisation, c’est vrai, mais une revalorisation trop faible. Il y avait plusieurs revalorisations qui étaient proposées au sein même de la catégorie D, qui allaient de 12 points pour ceux qui entrent à peine sur le marché du travail en catégorie B, et pour ceux qui sont un peu plus anciens, on avait une revalorisation de 5 points. 5 points, ça correspondait à 4 000 francs à peine d’augmentation par mois. À notre sens, ce n’était pas suffisant, d’autant que lorsqu’on a un collectif comme celui qu’on a discuté aujourd’hui de 28 milliards de francs, où on donne 200 millions par-ci, 400 millions par-là, 2,5 milliards, 4,5 milliards, des sommes qui sont colossales, on se dit que pour augmenter légèrement comme ce qui était proposé dans l’amendement de 5 points et permettre à ces personnes de gagner 8 000 peut-être au lieu de 4 000 francs, ça ne faisait qu’un surcoût de 60 millions » .
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TNTV : 60 millions sur 28 milliards, ça dépend des calculs.
T.T : « Alors, effectivement, il y a une discordance entre le gouvernement et l’amendement, puisque le gouvernement, lui, prétendait que c’était 140 millions. Donc il faut peut-être vérifier, mais admettons même que ce soit 100 millions. Lorsqu’on voit, et je le répète, tout ce qui a été distribué, et surtout ce que le gouvernement utilise pour les prestations extérieures, lorsque vous voyez le collectif budgétaire qu’on a voté, eh bien on paye des bureaux d’études pour faire le schéma d’organisation sanitaire 65 millions, le schéma directeur du transport maritime 80 millions, et tout ça pour des cabinets parisiens. Donc à un moment donné, lorsqu’on est du Tavini Huiraatira et qu’on prétend vouloir aider la population, eh bien 60 millions pour aider les catégories D qui sont les moins bien payées et qui sont le plus en détresse face à la chèreté de la vie qu’on subit aujourd’hui, ce n’était pas grand-chose » .
TNTV : Un autre argument du Pays est de dire que les négociations débutent bientôt autour du point d’indice de tous les fonctionnaires. Il faut patienter encore un peu, en tout cas cette fois pour toute la fonction publique. Vous le rejoignez dans son raisonnement ?
T.T : « On a l’habitude d’entendre le président nous demander de patienter, toujours à une autre échéance, de reporter les choses. C’est vrai qu’il s’est engagé, et là il s’est engagé pour le coup devant tout le monde, à faire cette renégociation du point d’indice pour l’ensemble de la fonction publique territoriale le 17 avril. On verra ce que ça va donner. Nous, ce qu’on voulait, c’était privilégier les catégories D. Parce que là, lorsqu’on va modifier la valeur du point d’indice, s’il y a une modification, ça va profiter à tous les salaires de la fonction publique, y compris aux élus de l’Assemblé (…) on a voulu justement que si on met des moyens en place pour revaloriser le point d’indice, qu’on le flèche davantage vers la catégorie D. Donc, on verra effectivement le fruit des négociations le 17 avril » .
TNTV : Moetai Brotherson dit aussi que si on augmente dans le public, ça va inciter les syndicats du privé à demander des augmentations également. Il parle d’un risque inflationniste. Est-ce que, selon vous, ce risque est réel ?
T.T : « Cela n’a pas de sens parce que, comme vous venez de le dire, il s’agit du privé. Le Pays n’a pas d’incidence sur le privé, si ce n’est effectivement le SMIG. Il y a une règle qui dit que dès lors qu’il y a un certain niveau d’inflation, automatiquement, le SMIG doit augmenter. Donc, qu’on le veuille ou non, on a à le faire. C’est ce que nous avons toujours fait quand nous étions aux affaires. On a respecté ça. Sauf que cette règle, elle n’existe pas dans le public. C’est pour ça qu’on est obligés de renégocier au niveau des points d’indice. Donc, dire que ça va avoir un effet inflationniste sur le privé, c’est faux. De toute façon, dans le privé, en tout cas au niveau du SMIG, automatiquement, il y a une revalorisation lorsque il y a de l’inflation » .
TNTV : Un autre sujet a longuement été débattu en commission, le soutien à Natireva, à Air Moana. L’arrivée de la concurrence accueillie favorablement par la population, ce n’est pas propre au secteur de l’aérien, mais pour l’aérien domestique, vous semblez rejoindre ceux qui disent qu’il n’y a pas de place pour deux dans le ciel polynésien, et qu’au tarif actuel, en tout cas, l’un des deux sera amené à disparaître.
T.T : « Je me réjouis que Huahine puisse bénéficier de l’arrivée d’Air Moana, parce qu’effectivement, partout où la concurrence arrive, c’est bon pour la population, dès qu’il y a une concurrence, on peut comparer les prix et choisir le moins cher. Le problème n’est pas là (…). Si Air Moana a pu s’installer dans notre ciel, c’est bien parce que le Tapura Huiraatira, à l’époque, avait ouvert, justement, la possibilité à Hermoana de le faire. Après, il y a une réalité. On a vu que, quand Air Moana s’est installée, elle a cassé les prix. Donc, tous les clients étaient contents, il n’y a pas de problème. Sauf qu’à un moment donné, une compagnie aérienne, comme une entreprise quelconque, doit équilibrer ses dépenses et ses recettes. Parce que si, effectivement, elle a plus de dépenses que de recettes, elle devient déficitaire. C’est le problème d’Air Moana, aujourd’hui. C’est d’ailleurs pour ça, aujourd’hui, que Air Moana est venue solliciter le Pays pour nous demander, justement, de leur prêter de l’argent pour retrouver cet équilibre-là. D’où les 600 millions qui nous sont demandés. Le problème, c’est que le Pays, selon les textes, n’a pas le droit de s’engager ainsi. À la fois dans le prêt de 600 millions, mais aussi dans la garantie. Parce que Air Moana demande également au Pays de se porter garant pour un emprunt qu’ils vont faire, pour acheter des nouveaux avions. Ça veut dire que le jour où ils ne pourront plus payer, c’est nous, le Pays, c’est-à-dire les contribuables, qui devront payer, justement, la dette d’Air Moana » .
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TNTV : Il faut s’attendre inévitablement à ce qu’il y ait une nouvelle hausse des prix dans le secteur aérien local.
T.T : « Oui, effectivement, parce que les tarifs pratiqués par Air Moana sont trop bas. Air Moana a cassé les prix en premier, puisqu’en arrivant, Air Moana a mis des prix très très bas. Air Tahiti a collé car dans le monde de la concurrence, si on veut garder ses clients, on essaie de coller. Le problème, c’est que la facturation, finalement, n’est pas suffisante pour trouver l’équilibre. Donc aujourd’hui, et c’est le ministre de l’Économie qui l’a dit, il va falloir remonter les tarifs. Donc on va devoir subir une hausse. Mais le problème, c’est qu’à force de se livrer cette bataille entre les deux compagnies, ils ne vont pas survivre tous les deux. Et les dégâts qui seront faits à la fois sur Air Moana et sur Air Tahiti seront tellement importants qu’on risque de part et d’autre d’avoir des pertes d’emplois et d’avoir des grosses difficultés au sein de ces sociétés-là » .
TNTV : Vous parliez de la manière dont le Pays vient soutenir Air moana. Vous disiez même que vous avez l’impression que le Pays fait du surmesure pour Air Moana. Vous avez l’impression qu’il y a un traitement de faveur ?
T.T : « Alors oui, c’est du sur-mesure, parce que pour que le Pays puisse prêter de l’argent à Hermoana, il fallait deux conditions. La première, c’est d’entrer au capital. (Hier) on nous fait voter l’achat de dix actions pour pouvoir entrer au capital d’Air Moana, 5 750 francs les dix actions. Ensuite, la deuxième condition, il faut que soit Air Moana ait une délégation de service public, soit qu’elle ait un intérêt général. Au niveau juridique, la concurrence n’est pas un intérêt général. Par contre, il nous reste la DSP. Air Moana n’a pas de délégation de service public. Le président a insinué que s’il fallait, on donnerait une DSP à Air Moana. C’est pour ça que j’ai parlé de sur-mesure (…) Il faut effectivement tout un processus qui est long et lourd. Sauf que ce qu’on constate, c’est qu’à chaque fois qu’il y a un blocage pour pouvoir intervenir sur Air Moana, le gouvernement fait en sorte de débloquer les choses. Finalement, on leur dresse le tapis rouge. On met le doigt dans l’engrenage qui risque de nous coûter un bras. Et quand je dis nous, ce n’est pas notre argent qu’on est en train de dépenser là. C’est l’argent de la population. (Hier) matin, on a émis de grosses réserves. Sans compter le risque juridique qui est avéré. Donc, c’est pour ça qu’on s’est opposé à cette intervention du Pays. Mais nous souhaitons à Air Moana de survivre. Parce que nous voulons que la concurrence continue dans notre Pays, au bénéfice de notre population » .