Premières victimes collatérales de la grève des PNC chez Air Tahiti Nui, les 250 passagers du vol TN101 vers Auckland ce mercredi matin. Un vol annulé à la dernière minute faute de personnel naviguant commercial suffisant. Prévenus seulement après l’enregistrement des bagages, la délégation polynésienne de judo ne cache pas son agacement.
« Ce qui est vraiment difficile c’est l’absence d’informations claires » déplore le cadre technique de la fédération polynésienne de judo, Franck Bellar. Attendue à une compétition en Nouvelle-Zélande, en préparation des jeux du Pacifique, la fédération avait beaucoup investi dans ce voyage. « On a peu d’occasions dans une saison de partir à l’étranger. Forcément, pour nous, c’est très difficile. On a des réservations d’hôtels, on a payé la compétition, ça coûte beaucoup d’argent, c’est subventionné par le Pays. C’est un gros déplacement donc c’est évidemment une grosse déception pour nous. Il y a des gens qui sont au régime, qui ont du perdre du poids« . La délégation ne sait pas si elle pourra finalement participer à la compétition, à moins de partir dans les 24 heures. « On risque de perdre énormément de frais engagés par la fédération et par les familles. Il faut compter environ 250 000 Fcfp par famille pour l’ensemble du déplacement. »
Des Polynésiens, mais aussi des touristes, se sont donc retrouvés bloqués ce mercredi. Vaitea, agent d’Air Tahiti Nui était à l’aéroport de Tahiti Faa’a pour assister les voyageurs : « Je suis venue aider en renfort mes collègues de l’escale et assister les clients qui sont impactés par l’annulation de vol au dernier moment. (…) On essaie de trouver les meilleures options. Je prends toutes leurs préférences et leurs contacts e-mails pour ensuite donner cette information à mes collègues de la vente (…) Air Tahiti Nui les héberge. Les transferts ont été organisés par les collègues de l’escale. Ils seront pris en charge jusqu’à leur vol de reprotection que cela dure deux jours ou trois jours. »
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Et du côté des grévistes, aucune rencontre n’est encore prévue. Les négociations sont au point mort. « On est en grève effective depuis hier matin et on n’a pas eu de convocation de la direction, déclare Magali Juventin instructrice PNC et RS A Ti’a i Mua. On attend qu’ils prennent contact avec nous. (…) Quand on s’est quitté la dernière fois, nous, on a fait une proposition à la direction. On leur a fourni une grille de salaire avec des propositions qu’on aurait souhaitées donc on attend qu’ils nous recontactent, qu’ils travaillent un peu sur le dossier et qu’ils nous fassent à leur tour leur proposition.
Sur le piquet de grève, les employés d’Air Tahiti Nui précisent que la revalorisation salariale demandée n’est en fait pas de 30% mais de 15%. « Les 30%, c’était la demande du syndicat maison (Synaco, NDLR) à l’origine puisqu’il y avait des discussions qui avaient lieu depuis plus d’un an, souligne Eric Bauer, chef de cabine principale. À partir du mois de mars, ils ont fait des propositions, le syndicat maison qui aujourd’hui défend la direction, sur des grilles qui allaient au-delà de 30%. Aujourd’hui, on ne comprend pas que Monvoisin s’affiche avec ce syndicat. Le Synaco qui était autrefois majoritaire, qui aujourd’hui a été complètement abandonné par les PNC parce qu’on considère qu’il ne suit pas la ligne de conduite de la majorité des personnes.«
Le directeur de la compagnie au tiare, a proposé une hausse du salaire fixe de 9% « sans contrepartie, c’est-à-dire sans toucher à leurs heures ». Proposition déclinée par les syndicats.
« 9% ce n’est pas suffisant du tout, estime Magali Juventin. D’autant qu’il nous propose 9% mais il nous retire d’un autre côté puisqu’on est en heures complémentaires à partir de 67 heures et ça correspond à 35 heures en heures standards. Ils veulent nous passer de 67 heures à 75 heures. Ça nous prendrait 8 heures sur nos salaires. C’est juste inacceptable : on donne d’une main et on reprend de l’autre.«
Conscients des désagréments causés aux voyageurs, les grévistes « espèrent que la direction prenne contact avec nous et que l’on trouve un accord en commun. On s’excuse auprès de nos passagers parce que ce n’est pas ce que l’on souhaite mais aujourd’hui, il faut bien comprendre qu’on a que ce moyen-là pour ce faire entendre. » Mais, ils l’affirment, ils sont « déterminés. La direction est restée sourde pendant trop longtemps donc aujourd’hui les PNC sont déterminés à aller jusqu’au bout. »
La CPME dénonce une grève « irresponsable »
Dans un communiqué publié ce mercredi, la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises (CPME) estime que les syndicats des PNC « prend à la gorge (…) tous les Polynésiens » dans un « chantage syndical corporatiste » organisé pendant une période « importante pour le tourisme Polynésien » . La CPME déplore le « ralentissement économique (des) entreprises qui doivent pouvoir compter sur l’outil ATN » et demande à Moetai Brotherson « d’intervenir dans les meilleurs délais pour faire cesser ce mouvement dont les demandes dépassent toutes les limites » .