TNTV : vous avez la difficile mission d’équilibrer les comptes de la CPS entre recettes et dépenses, avec un équilibre, on le sait, qui est assez difficile à trouver. Au sujet des retraites, comment comptez-vous vous y prendre ? Et surtout, jusqu’à quand est-ce qu’elles sont assurées ?
Pierre Frébault : « Avant tout, je voudrais quand même rappeler qu’il y a des ajustements à faire sur certaines prestations, notamment dans le cadre des prestations familiales, ce qu’on appelle les allocations familiales, où dans un régime tel que le régime de solidarité, il est versé 15 000 francs. Dans les deux autres régimes, c’est 12 000 francs. Donc, la première mission, c’est peut-être de porter un alignement au niveau de 15 000 francs pour les personnes, les familles, avec un certain niveau de revenu, parce qu’il y a également des revenus très bas au niveau du régime des salariés, comme au RNS. Donc, c’est l’une de mes premières missions. Et la deuxième que j’ai annoncée au Conseil d’administration, c’est de relever l’accompagnement de la CPS en termes de prestations des cantines scolaires. Là aussi, je crois que c’est un point important et attendu. Là encore, on voit qu’à 80 francs ou 85 francs chez les salariés, on a 500 francs dans le régime de solidarité. Quel est le but de cette vision des choses ? Tout simplement parce qu’on est dans la PSG. Il faut que tous les Polynésiens, compte tenu de la situation, soient accompagnés de la même façon. Pour ce qui concerne les retraites, on sait que la tranche A produit un taux de remplacement aux alentours de 65%. En ce qui concerne la tranche B, on est en décrochage. On est à 35-40%. Donc il faut servir une retraite digne de ce nom. Il y a des progressions à faire sur le plafond et ainsi de suite ».
TNTV : Donc vous voulez augmenter la tranche B. Mais jusqu’à quand les retraites seront assurées ?
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Pierre Frébault : « À l’heure actuelle, d’après les dernières études, au niveau des prestations de la retraite, on a une visibilité jusqu’en 2030. C’est peu en termes de droits d’avenir. Donc il va falloir réfléchir à la manière de pérenniser la situation et surtout, également, profiter de l’occasion pour améliorer la situation ».
TNTV : Êtes-vous contre l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ?
Pierre Frébault : « C’est une position que je prends en disant qu’il est possible de maintenir l’âge de la retraite à 62 ans. En revanche, il y a d’autres critères, d’autres situations. Il faut aussi constater la reprise de l’emploi, le nombre de salariés qui augmente. Donc c’est en fonction de la capacité également du gouvernement à faire du développement économique. Ce sont tous ces critères qui se mettent en place ».
TNTV : Vous arrivez dans une conjoncture assez favorable, puisque vous le disiez vous-même, il y a des comptes de la CPS qui ont réussi à s’équilibrer, mais pas tous. Vous avez notamment un problème avec la branche maladie….
Pierre Frébault : « Oui, effectivement, les dépenses de maladies pèsent. On le sait tous, et notamment au niveau du régime des salariés. On est au-delà des 50 milliards. Donc il faut réfléchir. L’idée aussi, c’est de mieux responsabiliser les patients, les professionnels de santé. C’est vrai qu’il y a un programme de mise en place de ce qu’on appelle les paniers de soins. Pour l’instant, ils sont au-delà de 4 ou 5. C’est-à-dire véritablement cibler les prestations dévolues au type de la pathologie concernée ».
TNTV : Vous estimez que les médecins, les soignants, sont un petit peu trop généreux dans leur prescription ?
Pierre Frébault : « Non, je crois qu’ils ont constaté quelque part qu’il y avait un problème social d’accès aux soins. Donc certains se sont dit : ‘Bon, on va utiliser le seul outil qu’on avait entre les mains’. C’est notamment le carnet rouge. Je crois qu’il faut distinguer le traitement des pathologies de l’accompagnement social. C’est aussi l’une des missions à mettre en place ».
TNTV : Vous voulez aussi fusionner les 3 régimes. Pour quelles raisons ?
Pierre Frébault : « Il s’agit d’une orientation qui avait déjà été prise. On a aujourd’hui des régimes avec des branches. L’idée, c’est de faire de ces branches des véritables régimes. Donc fusionner la maladie, la vieillesse, la famille. Mais pour y arriver, encore faut-il être certain que chaque régime ne vient pas alourdir la position des deux autres. Donc il y a des mesures qui doivent être prises pour permettre à tous les régimes de se retrouver et enfin arriver à fusionner dans les branches, telles que la maladie, etc ».
TNTV : Vous regrettez que certains patentés ne cotisent pas pour leur maladie.
Pierre Frébault : « C’est un constat fait par les partenaires sociaux. Ils ont demandé que la primauté du régime des salariés disparaisse afin que tout un chacun qui se retrouve dans une activité puisse également contribuer à sa propre protection sociale. C’est cela, le principe ».
TNTV : Une dernière question peut-être un peu plus personnelle. Avec Patrick Galenon, vous constituez finalement un duo qui est issu de la CSTP-FO. Comptez-vous mettre cette sensibilité sociale que vous avez en commun au service des administrés et de la CPS ?
Pierre Frébault : « Je rappelle quand même avoir quitté la CSTP-FO depuis 2004-2005 »
TNTV : Mais vous en avez un petit peu dans les gènes encore….
Pierre Frébault : « Vous savez, ce n’est pas parce qu’on vient d’un mouvement syndical qu’on a… Il y a d’autres représentants syndicaux ».
TNTV : Vous serez donc plutôt un gestionnaire ?
Pierre Frébault : « Oui, et surtout une force de proposition devant les membres du Conseil d’administration et y compris devant les autorités ».