Appréciée par les fins gourmets à Paris, où elle a droit à son stand au Salon internationel de l’agriculture, la Vanille de Tahiti n’en est pas moins dans une impasse sur ses terres d’origine. Alors que la chambre territoriale des comptes a recommandé la fermeture de l’EPIC Vanille mi-février, les producteurs peinent à se relever de la série de vols commis dans leurs plantations entre 2021 et plus d’une demi-tonne de vanille avaient été volés chez quatre producteurs, pour un préjudice estimé à 24 millions de francs.
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Joël Hahe s’est fait dérober pas moins de 250 kg et ne cache pas qu’il peine à s’en remettre. Sa plantation, quasiment à l’état d’abandon, en témoigne. Aujourd’hui, il se dit « écœuré » . « Moi, je ne viens plus. Pour vous dire, ce n’est pas uniquement l’impact financier, mais toute la partie psychologique. C’est très compliqué de se relever » , confie-t-il.
« Chaque producteur est obligé de se débrouiller par lui-même »
Autre vanilliculteur, même avis : Rehia Davio, qui estime avoir perdu 10 millions de francs, pointe l’inaction des gouvernements successifs face à leurs difficultés. « Il y a eu de belles paroles qui ont été dites par le gouvernement, les gouvernements qui sont passés, même le dernier gouvernement qui est passé. Pour le moment, on attend toujours. On ne voit rien. On n’a rien vu. Chaque producteur est obligé de se débrouiller par lui-même. C’est très, très dur » , insiste-t-il. Malheureusement, la vie continue et les traites, à la fin du mois, sont toujours les mêmes. La banque, elle, ne fait pas de cadeaux. Donc, on est obligé de se débrouiller, de se réadapter.
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Si Joël envisage de se tourner vers un autre secteur, Rehia a choisi de diversifier son activité, en se lançant dans l’apiculture. Trois ans plus tard, les deux hommes attendent avec impatience le procès du réseau de voleurs dont ils ont été victimes. « C’est très lent pour nous qui devons supporter les pertes dû à ces vols. Et donc, on attend la justice » , souffle Rehia. « Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’il y ait un règlement en interne ici à Taha’a ? Nous, on ne veut pas arriver à ce stade-là. Au nom des vanilliculteurs, on demande qu’il y ait cette justice » , répète Joël.
Si aucun vol n’a été perpétré depuis, la filière vanille de Taha’a reste vulnérable. Entre espoir de relance et incertitudes, les producteurs tentent de se reconstruire, avec ou sans vanille.